Par Francis Kurkdjian, parfumeur
La matière première n’a pas de genre

Parfums pour femme ou pour homme. Parfums mixtes ou unisexes. Beaucoup de questions et de freins subsistent sur le genre en parfumerie. Certaines matières premières seraient-elles plus spécifiquement féminines ou masculines ? Cette perception du féminin et du masculin est-elle culturelle ou conventionnelle ? En parfumerie comme dans la mode, la matière première n’a pas de genre. Elle se laisse modeler par un esprit créatif et un savoir-faire.

Le parfum fait écho à nos civilisations. Il est le reflet de notre époque et en suit naturellement les évolutions. Si depuis toujours, les femmes se laissent guider par leurs goûts, elles font également plus souvent preuve d’audace que les hommes en s’éloignant des stéréotypes.

Pour poursuivre l’analogie avec la mode, les femmes en Occident ont aujourd’hui acquis, en luttant, la liberté de porter des pantalons sans que leur féminité ne soit remise en cause par la société. En revanche, un homme en jupe ou en robe dénote, et sa masculinité est de facto mise en doute.

Oubliez l’ingrédient et laissez-vous porter par l’émotion.

Les fragrances féminines sont très majoritairement florales. Si une femme n’aime pas les fleurs, elle peut, sans ambages et aucune conséquence pour sa féminité, s’orienter vers les parfums masculins, voire même afficher avec fierté sa part de masculinité.

Les hommes au contraire sont bien plus frileux à l’idée d’adopter des parfums féminins. Au Moyen-Orient, ils portent des parfums très fleuris, notamment composés de rose ou de jasmin, sans que cela ne questionne leur virilité car cela fait partie intégrante de leur culture orientale.

Comme dans la mode, la matière première en parfumerie n’a pas de genre. Elle n’est ni féminine, ni masculine, c’est la façon dont le compositeur l’associe qui lui donne son inflexion. La soie par exemple n’a pas de genre jusqu’au moment où elle passe entre les mains du styliste qui en fera indifféremment un foulard ou une cravate. En parfumerie, le principe est identique. La matière première naturelle ou synthétique, riche de multiples facettes olfactives, se révèle en l’associant à d’autres ingrédients. Prenons le cas de la baie de genièvre, une note montante ultra-fraîche et aromatique avec un effet « gin ». En overdose, elle dessine une fraîcheur intense comme dans Gentle fluidity, édition Silver. Alors qu’une pointe de baie de genièvre donne de la naturalité à une fleur comme pour l’édition Gold de gentle Fluidity. Autre exemple, la fleur d’oranger. Associée en majesté à l’ylang-ylang, elle donne naissance à un effet floral solaire envoûtant que l’on reconnait dans APOM femme. En revanche, les facettes fraîches et zestées de cette même fleur d’oranger prennent une inflexion plus aromatique lorsqu’elle est entremêlée à la bergamote et la lavande comme dans APOM homme.

Mes créations ont un genre qu’il appartient à chacun de s’approprier voire de définir.